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2011, ANNEE INTERNATIONALE DES FORETS

Afin de renforcer les initiatives visant à promouvoir la gestion durable, la préservation et le développement des forêts sur le plan mondial, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté le 20 décembre 2006 à  New York, une résolution proclamant  2011 Année Internationale des Forêts. Cette célébration aura pour ambition de  s’employer à faire œuvre de sensibilisation et à renforcer les initiatives visant à gérer, conserver et développer tous les types de forêts, y compris les arbres hors forêts.

L’enjeu est international par l’ampleur du domaine concerné (environ un tiers de la surface du globe) et la menace que représentent l’exploitation et la destruction des forêts pour la biodiversité. Les forêts abritent environ les deux tiers des espèces animales et végétales recensées sur la planète. Elles sont une partie intégrante du développement mondial durable. Les activités économiques relatives aux forêts ont une incidence sur l’existence de 1,6 milliard de personnes au plan mondial :

-       Elles apportent des bienfaits socioculturels

-       Elles servent de fondement aux savoirs autochtones et, jouent un rôle primordial en matière d’atténuation des répercussions des changements climatiques et de protection de la biodiversité.

 

 Au sujet de cette année dévouée à la protection des forêts, le Directeur du Secrétariat du Forum des Nations Unies sur les forêts, Monsieur Pekka Patosaari a déclaré, « C’est une invitation permanente à la communauté mondiale à s’entendre et à coopérer avec les gouvernements, les organisations internationales et la société civile, afin de veiller à ce que nos forêts soient gérées durablement dans l’intérêt des générations présentes et futures ».

 

Il est important de rappeler que malheureusement chaque jour, plus de 350 km2 de couverture forestière sont détruits à travers le monde. En effet, la conversion en terres agricoles, l’abattage incontrôlé, la gestion des sols inefficace ainsi que la multiplication des établissements humains sont les causes principales de cette perte de zones forestières.

Au regard de cette situation d’urgence, l’importance de l’instauration de cette année internationale des forêts dont le lancement est programmé pour le 24 janvier 2011 au forum des Nations unies sur les forêts, n’est que plus visible. En effet, 2011 sera l’année de la célébration des forêts et de leur importance dans notre vie quotidienne, ainsi qu’une  année qui visera à sensibiliser le public et galvaniser l’action dans le but de promouvoir la gestion durable des forêts.

 

Les efforts en cours en matière de plantations sur les terrains libres et de reboisement ont contribué à freiner la perte nette en zones forestières sur le plan mondial, mais des initiatives complémentaires sont indispensables, notamment la création d’un instrument international sur les forêts ainsi qu’une participation élargie du public et une mise en valeur des compétences et des expériences pratiques des professionnels de la forêt à l’échelle de la planète.  

 

Le 20 décembre 2006 à  New York, sept ministres et hauts responsables de différents pays (la Croatie, le Gabon, l’Indonésie, la République démocratique du Congo, le Costa Rica, la Pologne et le Mexique) chargés de la gestion des forêts sur leur territoire, ont fait part des efforts de leur pays et de leur région pour parvenir à ces objectifs.  Ils ont appelé tous les pays à soutenir les activités liées à la préservation et à la gestion durable des forêts, soulignant les bénéfices de telles pratiques pour l’élimination de la pauvreté, le développement des sociétés et l’atténuation des changements climatiques. 

 

C’est donc pour répondre à ces impératifs de préservation et de gestion durable des forêts que le Gabon bénéficie depuis Aout 2002 d’un exceptionnel réseau de 13 parcs nationaux couvrant près de 3 millions d’hectares, soit plus de 11% de la superficie du territoire. Ce réseau renferme une biodiversité exceptionnelle, dont la gestion durable peut contribuer significativement à la diversification de l’économie gabonaise. 

Ces Parcs Nationaux ont été placés sous la responsabilité d’une nouvelle entité, L’Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN), dirigée par un Secrétaire Exécutif : le Professeur Lee J.T.WHITE.  Créé le 27 août 2007, l’ANPN remplace le Conseil National des Parcs Nationaux  qui avait été mis en place dès la genèse du projet des parcs en 2002. L’ANPN constitue le socle institutionnel de l’ensemble des activités menées dans les parcs nationaux et des projets négociés avec les partenaires.

 

Lors de son accession à la magistrature suprême, Ali Bongo Ondimba a fait la promotion d’un projet de société qui, sous le concept-slogan de “L’avenir en confiance”, présentait les politiques sectorielles qu’il compte déployer pour le développement du Gabon à travers trois piliers économiques dont le  « Gabon vert » qui s’appuie sur la valorisation de l’extraordinaire biodiversité de l’écosystème de notre pays (22 millions d’hectares de forêt, des terres agricoles, 800 km de littoral maritime).

La Direction Générale de l’Environnement gabonaise, avec le concours de deux instituts de recherche et du Professeur Lee White, a étudié la place du Gabon dans la régulation du climat de la planète à travers le rôle de sa forêt dans le stockage du gaz carbonique (CO2).

Le Pr. Lee White avait indiqué, concernant la séquestration du CO2 par la forêt gabonaise, que chaque hectare accumule par an 2 tonnes de CO2. De ce fait, avec ses 22 millions d’hectares, la forêt gabonaise stocke environ 45 millions de tonnes de CO2. Si l’on se réfère à la proposition du président français Nicolas Sarkozy de fixer le paiement de la tonne de carbone à 17€, la forêt gabonaise pourrait rapporter près de 765 millions d’euros, soit environ 501,8 milliards de francs, le quart du budget annuel du pays.

Le « Gabon vert » touche également l’écotourisme. Le Gabon dispose en effet d’une diversité de paysages avec une nature bien conservée, des animaux qui comptent parmi les plus spectaculaires de la planète (éléphants, gorilles, chimpanzés buffles, hippopotames, lamantins, crocodiles, baleines à bosse, dauphins ou tortues luths).

Les treize parcs nationaux du Gabon ont été créés pour protéger et mettre en valeur des exemples représentatifs et exceptionnels des paysages et phénomènes des provinces du pays. Ils sont des portes ouvertes sur la nature, l’aventure, la découverte et la solitude et célèbrent la beauté et l’infinie diversité que notre pays doit préserver pour le bénéfice de tous les gabonais et de l’humanité.

Les forêts gabonaises sont des lieux uniques au monde en termes de richesse des trésors naturels.  Des dômes rocheux (« inselbergs ») perçant au travers des forêts de Minkébé, à la forêt s’étalant sur les plages de Loango, et en passant par les savanes des plateaux Batéké. La flore du Gabon est plus diversifiée que celle de l’ensemble des pays de l’Afrique de l’ouest. Les Monts de Cristal renferment des orchidées qui fascinent les plus grands botanistes du monde. 

En ce qui concerne les animaux, nos forêts sont riches en populations typiques de ces milieux : gorilles, chimpanzés, bongos, éléphants et de nombreuses autres. Une seule de ces richesses est déjà extraordinaire, mais ce qui rend le Gabon magique, c’est le mélange de ces expériences.

 

 Favoriser le développement de l’écotourisme dans ces treize parcs et leurs zones périphériques induirait de nombreuses activités annexes et permettrait d’améliorer le quotidien des populations voisines des parcs.  Le « Gabon Vert » s’articule autour de grands programmes d’intervention dont la gestion durable de ces luxuriantes forêts. Les concessions forestières sont mises sous aménagement durable, afin d’assurer leur pérennité. Outre l’accroissement de la transformation locale de grumes, cette politique forestière fera du Gabon une vitrine en matière de protection des écosystèmes, de préservation et de développement des ressources de la biodiversité.

 

La formation et la recherche, l’éducation et la sensibilisation des populations aux impératifs de durabilité et de conservation sont également des volets importants Pour maintenir une bonne gestion du patrimoine forestier, et garantir la protection des écosystèmes et la conservation de la biodiversité du Gabon.

La forêt et ses ressources sont une richesse qui n’est malheureusement pas inépuisable. 2011 décrétée « Année internationale des forêts » par les Nations-Unies, doit être un excellent tremplin pour  favoriser l’émancipation d’une prise de conscience collective sur cet or vert que nous devons impérativement préserver pour les générations futures. 

Les enjeux du développement durable et de la gouvernance internationale de l’environnement

La notion de développement durable bénéficie depuis quelques années d’un contexte favorable à sa mise en œuvre. Rappelons que le développement durable est un point de rencontre entre aujourd’hui (satisfaire les besoins de tous) et demain (respecter les générations futures), entre le global (l’écosystème planétaire) et l’individuel (la recherche du bon geste), entre les aspirations d’équité (droits sociaux pour tous) et d’écologie (respect de la nature), entre l’égoïsme (penser à soi) et l’altruisme (veiller au bien-être des autres), entre les riches et les pauvres, entre les institutions internationales, les gouvernements, les entreprises, les consommateurs et la société civile

L’observation et l’analyse d’un certain nombre de politiques nationales élaborées en Afrique centrale dans un tel contexte posent toutefois la question de leur pertinence au regard des enjeux du développement durable et de leur capacité réelle à faire évoluer en profondeur l’action publique. En d’autres termes, elles soulèvent le problème de leurs impacts effectifs. 

L’objectif de cette contribution est d’analyser comment la mise en œuvre des principes de développement durable dans un pays se construit sur la redéfinition du principe de souveraineté, sur l’émergence du souci de proximité et influence les politiques nationales en matière de gestion de l’environnement. Sans méconnaître l’ampleur des travaux déjà réalisés sur la question, la présente analyse souhaite envisager une nouvelle approche de la gouvernance dans son lien avec le développement durable. 

 

Les enjeux de la gouvernance : entre Souveraineté et obligations internationales 

Avec la prudence écologique, l’équité sociale et l’efficacité économique, la gouvernance – comprise généralement comme démocratisation des processus de choix – est souvent présentée comme étant le « 4e pilier du développement durable ». Cependant, plus qu’une quatrième dimension qui s’ajouterait artificiellement à un corps général, la gouvernance se déduit assez logiquement d’une problématique pluridimensionnelle, qui prend acte de la complexité du réel pour admettre la complexité des schémas de décision. Lorsque l’assurance des experts fait place à des controverses, lorsque les processus de choix qui prévalaient jusqu’à ces dernières années sont remis en cause, sans doute s’ensuit-il une crise de la décision, mais qui suscite simultanément l’occasion de schémas nouveaux appelant la participation de nombreux acteurs. 

L’enjeu aujourd’hui, pour une communauté internationale au chevet d’une biodiversité en déconfiture, se cristallise autour d’une redoutable question : comment, par l’extraordinaire avantage de la mondialisation, diffuser de la gouvernance environnementale sans gouvernement mondial ? C’est dire en réalité, comment imposer, par le biais d’un jeu d’accords multilatéraux, des principes dont la normalisation légale, au sein des Etats, relève exclusivement de la compétence des gouvernements ?  Comment donc concilier la souveraineté des Etats avec des « obligations » internationales?

 

L’expression « souveraineté de l’État » se définit comme « le pouvoir exclusif, limité uniquement par le droit international, que possède chaque État en tant que sujet de droit international échappant à l’autorité de tout autre sujet de droit[1] ». Ce principe permet à l’État  de disposer de la plénitude de compétences sur son territoire (territoire terrestre, eaux territoriales et espace aérien surjacent). De fait, « La souveraineté est le pouvoir de commander et de contraindre sans être commandé ni contraint par qui que ce soit sur la terre » [2].  Cette souveraineté interne confère à l’Etat une capacité juridique internationale pleine. 

Dans le domaine du Droit International de l’Environnement, cette souveraineté est confirmée. Le principe de souveraineté sur les ressources naturelles a en effet été introduit dans les débats des Nations Unies à la suite de la demande des pays colonisés et des pays en développement de pouvoir bénéficier pleinement de l’exploitation de leurs ressources naturelles. Un long processus tenu au sein de l’ONU a fini par consacrer le principe de la souveraineté permanente sur les ressources naturelles. C’est ainsi que par sa célèbre résolution 1803 (XVII) du 14 décembre 1962[3], l’Assemblée générale a solennellement proclamé le droit de tout État de disposer librement de ses richesses et de ses ressources naturelles. 

Cependant, le droit international de l’environnement, vu comme l’ensemble des règles juridiques multilatérales à caractère environnemental, s’impose aux Etats indépendants, aux entreprises et aux diverses organisations internationales dans leurs rapports mutuels et leurs activités. C’est donc un corpus de règles qui, dans le champ de l’environnement, détermine les droits et les obligations respectifs des Etats. L’enjeu circonstanciel est d’aboutir à la modification des pratiques d’Etats et d’autres acteurs qui, sans lui, sans pressions internationales, sans stimulation interétatique, laisseraient des situations locales se dégrader. Car les ressources naturelles sont considérées comme un bien commun planétaire. Cette notion – global commons - est utilisée pour désigner des ressources naturelles matérielles ou non, qui sont d’une part considérées sur la base d’arguments à caractère scientifique ou esthétique comme étant essentielles pour l’humanité présente et future, mais dont d’autre part l’existence est aussi considérée pour diverses raisons comme menacée soit de dégradation (sol, air) soit de dénaturation, soit de disparition (espèces rares). La croissance industrielle et ses conséquences sur l’environnement ont amené à s’interroger sur la gestion de ces biens communs planétaires.

 

La souveraineté doit dès lors, être appréciée au regard des limitations éventuelles  ou des contraintes que lui impose le droit international, soit que l’Etat lui-même y ait consenti, soit que de telles limitations puissent, conformément au droit international, lui être imposées. L’évolution du droit international de l’environnement montre, à cet égard, une multiplication des limitations consenties et imposées, sinon la remise en cause du principe même de souveraineté en tant qu’élément central des relations internationales.

 

Conservation ou exploitation ? 

 

La notion de biens communs globaux ouvre la voie l’accès aux ressources nationales par des entités et des entreprises extraterritoriales. Cependant, les intérêts divergents des différentes coalitions d’acteurs mettent en lumière la difficulté de se mettre d’accord sur les modalités de cet accès : 

-          D’une part, une différence de conception essentielle des problèmes environnementaux subsiste entre Nord et Sud : La préoccupation de la protection des biens communs planétaires à l’initiative du Nord apparaît comme une nouvelle tentative de domination, qui refuse aux dominés la possibilité d’utiliser les technologies et les politiques qui ont fait le succès des riches. 

-          La notion de biens communs mondiaux a été proposée pour désigner des biens tels que l’air, l’eau, les forêts tropicales ou la faune sauvage qui ne peuvent être appropriés exclusivement ni par des groupes privés ni par des Etats sans nuire de ce fait aux autres individus, groupes et états de la société internationale. Chacun à leur façon, ces biens sont ou pourraient s’avérer être des sources de richesses si bien que les débats relatifs à leurs protection, conservation, ou partage équitable servent à occulter soit débouchent inévitablement sur des enjeux d’appropriation. Dans le domaine de la biodiversité ou des forêts, le principe du libre accès est devenu un argument des pays industrialisés, désireux de maintenir un accès gratuit à la flore et à la faune, pour dénier aux États et populations concernés un droit de propriété effectif sur les ressources génétiques animales et végétales. 

 

Pour certains observateurs, au nom de la préservation de la diversité biologique, il s’agissait pour les pays développés d’assurer à leurs groupes pharmaceutiques et à leurs laboratoires de recherche un accès continu aux richesses biologiques et ressources génétiques se trouvant dans les pays tropicaux. Aujourd’hui, la biodiversité est malheureusement souvent moins perçue comme un patrimoine mondial à protéger que comme une source de revenus potentiels issus des brevets et de la rémunération de la propriété intellectuelle, disputée entre Etats, entreprises multinationales et communautés locales. 

 

Pour une gouvernance qui consolide le développement durable 

 

Il existe deux dimensions de la gouvernance mondiale de l’environnement : 

-          d’une part, des organisations ou des conventions internationales traitent spécifiquement de questions environnementales et engagent les Etats sur une base volontaire ; 

-          d’autre part, l’environnement est une préoccupation transversale, qui affecte les actions de diverses organisations internationales, à commencer par l’Organisation mondiale du commerce. 

 

Des cadres supra-nationaux ont ainsi été créés dans le but de d’apporter des réponses à la dégradation de l’environnement à l’échelle appropriée. 

 

Aussi, les Etats peuvent accepter volontairement de limiter leurs compétences souveraines par la voie conventionnelle : 

- avec d’autres Etats (accords bilatéraux ou multilatéraux), pour régler leurs relations mutuelles dans un domaine déterminé. Il existe actruellement plus de 300 accords multilatéraux sur l’environnment; 

-avec d’autres Etats, pour créer une organisation internationale à laquelle sont reconnues certaines compétences propres; 

-avec des organisations internationales, pour régler leurs rapports mutuels (accords de siège; conventions sur les privilèges et immunités de ces organisations internationales) ; 

- avec des organisation de la société civile nationale, afin de les insérer dans les processus décisionnels tendant à assurer la transparence dans la gestion des ressources naturelles. 

 

Même si ces accords aboutissent à des limitations de la souveraineté de l’Etat, voire à des transferts de souveraineté au profit, notamment, d’organisations régionales où internationales, la conclusion d’accords internationaux demeure une expression de la souveraineté. Elle traduit également une certaine solidarité face aux défis posés par la dégradation de l’environnement. 

 

Le principe de précaution est probablement celui qui exprime le mieux la solidarité face à l’incertitude et aux générations futures. Sur cette question l’environnement a mis le doigt, à l’échelle mondiale, sur la complexité des phénomènes naturels et l’incertitude scientifique face aux progrès technologiques. C’est un principe qui oblige la société à intervenir même dans le brouillard. 

 

Rappelons que le principe de précaution stipule qu’en face d’une incertitude devant une situation présentant des risques graves (et irréversibles pour certains), il n’est pas nécessaire de posséder des preuves formelles pour prendre des mesures. Ces mesures doivent être d’abord d’intensifier les recherches ou études de façon à lever l’incertitude. Elles sont ensuite de retarder certaines actions ou d’en promouvoir d’autres visant à réduire le risque supposé. Elle est enfin d’associer, dans chacune des étapes de cette démarche, l’ensemble des parties prenantes. 

La nouveauté, en termes de Droit, est que sans ce principe, il faut attendre la pleine démonstration du risque avant de prendre des mesures. 

 


 

[1] Cité par Hélène Lambatim : « Souveraineté des États et accords internationaux : Le Tchad face à ses engagements », in http://www.cefod.org/Tchad%20et%20Culture/Tc247/souverainete.htm 

[2] Bodin, Les six livres de la République, 1576 

[3] Souveraineté permanente sur les ressources naturelles, Rés. AG 1803 (XVII), Doc.Off. A.G.N.U., 17e sess., supp. n°17, Doc. NU A/5344/Add1, A/L412/Rev2 (1962), 15. (http://www.aidh.org/Biblio/Trait_internat/Auto_2.htm

Evolution naturelle et enjeux politiques de la biodiversité

Du 20 au 22 septembre 2010 vient de se tenir à New York, dans le cadre de la soixante-cinquième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, les assises d’un débat de haut niveau auquel ont participé les chefs d’État et de gouvernement. Ce débat précède la Dixième Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique qui aura lieu à Nagoya, dans la préfecture d’Aichi, au Japon, du 18 au 29 octobre 2010. Ces deux grands événements des Nations Unies prépareront la réponse du monde entier à l’appauvrissement de la diversité biologique qui s’accélère, exacerbée par les changements climatiques. Ces débats devraient aboutir à l’adoption, à Nagoya, de cibles internationales pour l’état de la diversité biologique en 2020 et en 2050 et à la définition de modes d’application, de surveillance et d’évaluation qui mobiliseront l’engagement actif de toutes les parties prenantes. Il nous semble essentiel de faire le point des connaissances et des enjeux politiques de la biodiversité. Afin que chacun puisse cerner à différentes échelles, la difficulté qu’à l’humanité à avancer de façon cohérente dans ce débat capital. Car la question, depuis la conférence de Rio en 1992, n’est plus de sensibiliser les responsables politiques et les populations au problème de l’environnement, mais de définir une politique convaincante et surtout de trouver les moyens de la mettre en œuvre. Le risque climatique place en effet les autorités devant un problème crucial de gouvernance globale. Or, il s’agit de comprendre pourquoi, après deux décennies d’efforts internationaux pour relever le défi de l’environnement, aucune politique mondiale ne s’est imposée, aucun régime solide ne s’est mis en place ? 

Ce qu’est la Biodiversité.  La Biodiversité est la somme de toutes les plantes, les animaux, les champignons et micro-organismes présents sur Terre, leur variation génétique et phénotypique, les communautés et les écosystèmes dont ils font partie. Cette définition standard de la biodiversité implique un lien logique entre trois niveaux : d’abord Les gènes, qui composent et diversifient la population d’une espèce donnée, ensuite Les espèces, qui sont les constituants des communautés animales et végétales qui, avec leur environnement physique, forment enfin des écosystèmes, des paysages, et finalement des biomes. D’autres facettes de la biodiversité, aussi importantes d’un point de vue fonctionnel et évolutif, concernent la diversité des groupes fonctionnels (ou des formes de vie), la proportion d’espèces menacées ou endémiques, et la diversité des espèces cultivées et domestiquées et leurs parents sauvages. Ces formes de vie fonctionnelles reflètent les moyens d’adaptation par lesquels les organismes vivants ont répondu pendant des siècles aux pressions sélectives de l’environnement(1). 

La pression de l’homme sur l’environnement n’a cessé de croitre. La biodiversité mondiale est plus riche et varié que jamais auparavant. Elle est cependant menacée par une dynamique d’extinction sans précédent, que certains auteurs ont qualifié de sixième extinction majeure de l’ère Phanérozoïque(2).  

Même s’il n’y a pas de consensus quant à l’ampleur de la biodiversité sur Terre, il est clairement établi que cette extraordinaire diversité est le résultat de plus de 3,5 milliards d’années d’évolution biologique. Dans le même temps, la domination de l’homme sur la planète s’est si largement étendue que le Prix Nobel de chimie de 1995, Paul Crutzen(3) a été jusqu’à donner à l’époque présente le qualificatif de « ère Anthropocène». Le terme “Anthropocène” désigne l’ère géologique actuelle, dominée à plus d’un titre par la capacité destructrice de l’activité l’humaine. Elle supplante l’ère Holocène, période chaude qui a duré entre 10 et 12 millénaires. La période Anthropocène  a donc commencé vers la fin du 18ème siècle, comme le montrent les analyses d’air provenant de la calotte glacière, qui indiquent une accentuation de la concentration de CO2 et de méthane. Il se trouve que cette période coïncide avec l’invention du moteur à vapeur par James Watt en 1784. Les effets de l’homme sur l’environnement planétaire se sont intensifiés durant les trois derniers siècles. L’expansion humaine en termes démographiques et de l’utilisation par habitant des ressources de la Terre fut rapide. La population humaine s’est multipliée par 10 durant les trois derniers siècles, dépassant aujourd’hui six milliards, et devrait atteindre 10 milliards avant la fin de ce siècle. Il en résulte que 30 à 50 % des terres émergées de la planète sont aujourd’hui exploitées par l’homme. 

Pour tous les aspects de la biodiversité, le rythme actuel de changement et d’extinction est des centaines de fois plus rapide qu’auparavant dans l’histoire connue, et rien n’indique que ce rythme ralentisse. Pratiquement tous les écosystèmes de la planète ont été profondément transformés par les activités humaines. Par exemple, 35 % des mangroves et 20 % des récifs coralliens ont disparu. La sonnette d’alarme est tirée par d’éminents spécialistes : 

 « Nous traversons une crise inquiétante : celle de la perte continue d’espèces végétales et animales dont on ignore à quel stade elle s’arrêtera, si elle s’arrête. Nous voici donc en état d’alerte. Deux solutions : ou nous nous mobilisons comme nous savons le faire pour résister à l’oppression, ou nous acceptons l’élimination, espèce après espèce, de tout ce qui vit, jusqu’aux enfants de nos enfants ou de nos petits-enfants. Imaginons que nous ne décidions pas de stopper ce funeste engrenage : nous sommes alors menacés, nous, c’est-à-dire l’humanité. Si l’avenir n’est écrit nulle part, il est difficile de croire à la survie de notre espèce si nous nous croisons les bras »(4). C’est que la vitesse à laquelle l’humanité altère son environnement, l’importance de ces dégradations et leurs conséquences pour la répartition et l’abondance des espèces, les systèmes écologiques et la variabilité génétique, n’ont pas de précédent dans l’histoire de l’humanité(5). 

« Ce que l’humanité s’inflige à elle-même et inflige à la terre est, pour reprendre une formule moderne, le résultat d’une erreur d’investissement de capital. Après nous être appropriés les ressources naturelles de la planète, nous avons décidé d’en recevoir les dividendes selon des échéances à court terme aux montants sans cesse élevés. A l’époque, la décision parut sage.(…) Il y a cependant un problème : les composantes clés du capital naturel – les terres arables, les nappes phréatiques, les forêts, les pêcheries et le pétrole – sont en quantité finie, et nullement sujettes à un accroissement correspondant. En outre, elles sont actuellement décapitalisées par des prélèvements excessifs et la destruction de l’environnement.(…) Conscients aujourd’hui enfin de cette difficulté, nous avons entrepris une recherche effrénée de substituts(6). » L’ONG Global Footprint Network a déterminé qu’aujourd’hui, l’humanité utilise l’équivalent de 1,3 planètes chaque année(7). Cela signifie que la Terre a besoin d’un an et quatre mois pour régénérer ce que nous utilisons en une année. Des scénarios modérés des Nations Unies suggèrent que si la consommation et les tendances actuelles d’évolution de la population continuent ainsi, nous aurons, en 2050, besoin de deux planètes pour subvenir à nos besoins ! 

 Déjà pour 2010, depuis le 21 août dernier et jusqu’à la fin de l’année, les Terriens vivent à crédit sur les ressources de la planète. Chaque année, Global Footprint Network calcule le jour où la consommation de l’humanité en ressources naturelles a épuisé ce que la planète est capable de fournir en une année, de la filtration de l’eau douce à la fourniture de matières premières, y compris alimentaires. Cette année 2010 l’ »Earth Overshoot Day » – littéralement le « jour du dépassement » – a eu lieu le samedi 21 août. Ce qui signifie qu’il aura fallu moins de neuf mois pour épuiser 112% du budget écologique de l’année(8).  Les actions menées pour conserver la biodiversité 

Les spécialistes estiment que l’apparente simplicité des notions associées à la biodiversité masque en partie une grande complexité, qui devient manifeste dès lors qu’on tente d’appliquer ces concepts. Celles de communauté, d’écosystème, d’échelle, de hiérarchie, de mesures de diversité, d’indicateurs, de stabilité, de fragmentation, de seuil de population viable sont seulement quelques une des nombreuses notions qu’il faut comprendre pour étudier la nature de la biodiversité où tenter de l’insérer dans les législations nationales. Les réponses actuelles à la perte de la diversité biologique sont diversifiées. Les aires protégées constituent une part essentielle des programmes de conservation, particulièrement en ce qui concerne les habitats sensibles. C’est le cas au Gabon. Le réseau de 13 parcs nationaux créé par le Président de la République en 2002 est un échantillon représentatif de la majeure partie de la biodiversité d’Afrique centrale. Sur un peu moins de 4 millions d’hectares, sont ainsi conservées une large gamme de la diversité génétique, spécifique et écosystémique du bassin du Congo. Il reste cependant à mieux planifier le contrôle et l’évaluation, et consolider les financements pour la sécurité des sites et la mise en application des lois. Les écosystèmes marins et d’eau douce sont encore moins bien protégés que les écosystèmes terrestres, ce qui se traduit par des efforts croissants pour étendre les zones marines protégées. Faire respecter les zones marines protégées est difficile, une grande partie des océans de la planète se situant en dehors des zones de juridiction nationales. Cependant, à elles seules ces aires protégées ne suffisent pas à assurer la conservation de tout le spectre de la biodiversité. 

Les aires protégées peuvent certes augmenter la pauvreté lorsqu’elles ont pour conséquence de priver des communautés rurales locales des ressources dont elles dépendent traditionnellement. Les choix fait par le Gabon dans ce domaine sont que les aires protégées peuvent -et doivent- contribuer à améliorer les moyens d’existence quand elles sont gérées de sorte à profiter aux populations locales – d’où l’importance de la consultation et de la planification participatives. Pourtant, toutes ces actions restent encore nettement insuffisantes pour freiner les pressions qui s’exercent sur la biodiversité mondiale. Les tendances lourdes comme l’artificialisation des territoires, l’intensification agricole et l’exploitation excessive de la mer se poursuivent à un rythme important, à l’échelle de la planète. 

Les enjeux et l’avenir politique de la biodiversité En 1987, le célèbre rapport Brundtland ouvre la voie à un concept qui va avoir une extraordinaire carrière : le développement durable. Par cette assertion : « le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs »(9). Deux concepts accompagnent cette notion : le concept de « besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. 

En avril 2002, lors de la Sixième Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique à la Haye, les gouvernements avaient décidé d’accélérer la lutte contre la perte de la biodiversité – au profit de la lutte contre la pauvreté et au profit de toutes les formes de vie sur la planète. L’objectif était de prendre les mesures nécessaires pour faire de 2010 l’année où la tendance à la perte de la biodiversité serait définitivement inversée. Sept programmes de travail sectoriels avaient donc été mis en place : travail pour la biodiversité des forêts, des zones agricoles, des terres sèches et humides, des eaux intérieures, biodiversité des îles, marine et des côtes, et enfin des montagnes. Des mesures qui semblent ne pas avoir réellement porté tous leurs fruits puisqu’en juillet dernier,  l’Union Internationale pour la conservation de la Nature constatait que malgré les actions engagées, l’objectif 2010 ne sera pas atteint. Les enjeux sont si importants et les divergences si marquées que les perspectives s’assombrissent chaque jour. 

Dès lors, quelles alternatives s’offrent à l’humanité ? Un panel d’experts internationaux, regroupé au sein du Millennium Ecosystem Assesment (10) a élaboré quatre scénarii plausibles d’évolution. Ils prennent en compte deux voies de développement possibles à l’échelle mondiale : une globalisation croissante ou une régionalisation croissante. Ces scénarios prennent également en compte deux façons différentes d’envisager les questions environnementales : pour l’une, les actions sont réactives et abordent les problèmes uniquement lorsque ceux-ci sont devenus évidents ; pour l’autre, la gestion des écosystèmes est proactive et vise délibérément au maintien à long terme des services fournis par les écosystèmes. A long terme, les enjeux politiques de la biodiversité à l’échelle de la planète vont tourner autour de ces 4 scénarii. 1.       Orchestration globale(11). Ce scénario dépeint une société future mondialement interconnectée, qui se concentre sur le commerce mondial et la libéralisation économique, et qui adopte une approche réactive vis-à-vis des problèmes liés aux écosystèmes. Dans ce scénario, la pauvreté diminue mais un certain nombre de services fournis par les écosystèmes se dégradent. Bien que des progrès soient accomplis sur le plan environnemental à l’échelle mondiale, notamment en matière d’émissions de gaz à effet de serre et de diminution des réserves marines de poisson, certains problèmes locaux et régionaux sont amplifiés. 

2.     Ordre par la force(12). Ce scénario représente un monde fortement régionalisé et fragmenté, préoccupé par la sécurité et la protection, et qui adopte une approche réactive vis-à-vis des problèmes liés aux écosystèmes. Les riches protègent leurs frontières et tentent de contenir la pauvreté, les conflits, la dégradation de l’environnement et la détérioration des services fournis par les écosystèmes dans des zones situées en-dehors de leurs frontières. Les inégalités mondiales s’accroissent considérablement du fait de la régionalisation et des limitations du commerce et des échanges. 

3.     Mosaïque d’adaptation(13). Dans ce scénario, les écosystèmes régionaux sont au centre de l’activité politique et économique. Les sociétés développent une approche locale fortement proactive en matière de gestion des écosystèmes. Certaines régions enregistrent de bons résultats et d’autres s’inspirent de ces succès, mais certains écosystèmes souffrent toujours d’une dégradation à long terme. 

4.     Techno jardin(14). Ce scénario dépeint une société mondialement interconnectée qui dépend fortement de la technologie pour assurer ou améliorer l’approvisionnement des services fournis par les écosystèmes. Dans ce scénario, les questions environnementales sont gérées de façon proactive dans le but d’éviter les problèmes. L’homme pousse les écosystèmes à produire autant que possible, mais cela amoindrit bien souvent la capacité de ceux-ci à maintenir leur propre équilibre, ce qui, en retour, peut avoir de graves conséquences pour le bien-être humain. 

Ainsi qu’on le voit, aucun scénario élaboré actuellement ne garantit la préservation intégrale du statut et des fonctions actuelles de la biodiversité mondiale. Une marge de perte est inévitable à long terme. L’enjeu est aujourd’hui de savoir quelle est « la capacité de décharge » de la nature : quel niveau de perte maximal pouvons-nous atteindre sans affecter la fonctionnalité des écosystèmes. Autrement dit, jusqu’où pouvons-nous prélever, fragmenter, transformer la nature sans risquer de perdre irrémédiablement des biens et services naturels essentiels à notre survie sur cette planète ? 

S’il est aujourd’hui impossible de répondre à ces questions, la nature et les activités humaines étant diversifiées, les initiatives politiques doivent cependant conduire l’humanité, vaille que vaille, vers un programme d’action efficace, équitable, contraignant et enfin exécutable. Car la gestion des services écosystémiques permettant aujourd’hui de gagner de l’argent grâce à la biodiversité, sera un des principaux enjeux post-Nagoya. Le 21e siècle tend en effet à devenir celui du développement durable dans lequel la biodiversité deviendra un enjeu géopolitique. Dans ce champ, une attention particulière devra être portée au régime international sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable de ses avantages. 

REFERENCES : 

(1) Raunkiaer C. 1934. The Life Forms of Plants. Oxford: Oxford Univ. Press 

(2) May RM, Lawton JH, Stork NE. 1995. Assessing extinction rates. In Extinction Rates, ed. JH Lawton, RM May, pp. 1–24. Oxford: Oxford Univ. Press (3) Crutzen PJ. 2002. Geology of mankind. Nature 415:23 

(4) Reeve, H., 2005 : Pour la biodiversité : manifeste pour une politique rénovée du patrimoine naturel, Ligue ROC, Paris, P1 (5) Watson, R.T, Heywood V.H., Baste I., Dias B., Gamez R., Janetos T., Reid W., Ruark G., 1995 : Etude mondiale de la biodiversité. Résumé à l’intention des décideurs. PNUE et Cambridge University Press, New York, P. 2 

(6) Edward O. Wilson : L’avenir de la vie. Seuil, Paris, 2003, P. 191. (7)  http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/GFN/page/world_footprint/

(8) http://www.footprintnetwork.org/en/index.php/GFN/page/earth_overshoot_day/ (9) Brundtlant et al. :NOTRE AVENIR A TOUS, Commission mondiale sur l’environnement et le développement, Editions du FLEUVE, publications du Québec, 1988 

(10) http://www.millenniumassessment.org/en/About.aspx (11) http://www.greenfacts.org/en/ecosystems/toolboxes/scenarios-go.htm 

(12) http://www.greenfacts.org/en/ecosystems/toolboxes/scenarios-os.htm  (13) http://www.greenfacts.org/en/ecosystems/toolboxes/scenarios-am.htm (14) http://www.greenfacts.org/en/ecosystems/toolboxes/scenarios-tg.htm 

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